Tard le lendemain matin, Spip était assis, immobile, sur la table de la cuisine. Il observait Spirou avec curiosité. Ce dernier était en effet lui-même assis à cette table depuis une bonne vingtaine de minutes. Sa tête était appuyée de tout son poids sur sa main gauche tandis que la droite tenait un verre d'eau qui avait servi à avaler une aspirine quelques minutes plus tôt. Comme il l'avait redouté, il avait très mal dormi et s'était réveillé avec un mal de tête carabiné. Il n'arrivait plus à se concentrer sur quoi que ce soit et sa fin de soirée chez Seccotine tournait en boucle dans sa tête, faisant éclipse totalement à tout ce qui pourrait toucher l'enquête. Plein de questions résonnaient, questions auxquelles il était incapable de donner des réponses pour l'instant. Soudain, Spip le fit sursauter en poussant un petit cri impatient qui semblait dire «Allez! On se réveille! ».

-Spip... ooh! ne crie pas comme ça, je t'en prie, gémit le rouquin en se tenant les tempes à deux mains. Mais, pour une fois, on dirait que tu es plus réveillé que moi...

-Oui! Et avec vos histoires de fous, tout le monde m'oublie!

-Nom de nom, je t'avais oublié... soupira Spirou en remarquant le reproche dans les yeux du rongeur. Attends, je vais aller t'ouvrir quelque chose pour calmer ton petit ventre.

L'aspirine faisait tranquillement son effet et le fait de se lever aida Spirou à remettre tranquillement ses idées en place. Après avoir satisfait l'appétit de Spip, il alla à la fenêtre et vit que, même si le ciel était toujours aussi blanc et gris de nuages menaçants, il ne pleuvait pas. Il décida donc d'aller prendre l'air afin de s’oxygéner l'esprit. À l'extérieur, il fut surpris de retrouver Fantasio, cigarette au bec, se dirigeant vers lui.

-C'est à cette heure-ci que tu te lèves? dit le blond avec plus de moquerie que de reproche dans la voix car il était content de voir que, pour une fois, il était plus lève-tôt que son ami.

-Ne te moque pas. Je n'ai presque pas dormi de la nuit et j’ai un orchestre de percussion dans la tête, répondit le rouquin en se passant la main dans les cheveux. Qu'est-ce que tu fais dehors?

-Je suis allé faire des petites recherches un peu partout; tu dormais encore quand je suis parti. En fait, je venis te voir justement parce que...

Les yeux de Fantasio s'agrandirent soudain en voyant la pauvre mine de son ami.

-Hé ben dis donc, tu en fais une tête! La soirée a été si difficile que ça? Qu'est-ce qui s'est passé avec Seccotine?

-Ne m'en parle pas...

-J'imagine qu'elle est toujours dans un drôle d'état. Ça ne doit pas aider les choses.

-En effet... Elle m'en a parlé un peu, d'ailleurs.

-Ha oui? fit le blond soudainement intéressé.

Spirou regretta sur le moment d'avoir dit cela; Seccotine ne voudrait sûrement pas que Fantasio sache tout ce qu'elle lui avait dit. Il prit un peu de temps pour choisir ses mots et il décida finalement d'y aller simplement.

-Je pense qu’elle est dans une mauvaise passe, je ne sais trop. Elle se sent étrange ces temps-ci et ça la frustre beaucoup. Voilà pourquoi elle est un peu absente. Enfin, je pense. Tu connais son orgueil!

Fantasio resta silencieux en faisant des ronds de fumée. Il se dit que cela n'expliquait pas grand-chose, mais c'était vain de tenter d'en savoir plus. Lui-même avait essayé de prendre contact avec elle, un peu plus tôt.

-Je l'ai appelée ce matin et elle ne répond pas, dit le blond en jetant son mégot. Ça m'a inquiété un moment, mais je me suis dit qu'elle a bien le droit de faire ce qu'elle veut. Elle nous a dit qu'elle serait bien occupée aujourd'hui de toute façon, non?

-Mmh mmh... fit simplement Spirou qui n'avait pas envie de s'étendre plus sur le sujet.

-Tu as vu? On a installé de nouvelles affiches, s'exclama Fantasio pour détourner la discussion.

Spirou s'avança lentement vers le lampadaire placé près de la rue que son ami lui indiquait. Il observa sur le poteau environ la même affiche que celle qu'il avait vue pour Cédric, mais, cette fois-ci, avec la photo et la description de Michaël Thibault. Encore une fois, une forte récompense était promise pour toute information.

-Et il y en a aussi pour la petite Julie, plus loin, ajouta Fantasio. J'espère que ça va porter ses fruits aussi efficacement que pour Cédric.

-J'espère aussi...

-Alors, tu m'accompagnes, finalement?

-Hé bien...

Spirou se souvint soudainement de ce qu'il avait été chercher chez Seccotine la veille. Il avait maintenant des documents à éplucher.

-Non, j'ai des trucs à regarder, dit-il en retournant vers la maison. J'irai te rejoindre plus tard.

-Comme tu veux, à plus tard.

Il rentra et il se sentait déjà plus d'aplomb, revigoré par l'air frais. Il réussit même à manger un morceau. Ensuite, il s'installa à son bureau pour commencer le travail. De la paperasse qu'il a avait rapportée, il sorti deux documents qui l'intéressaient plus que les autres et ils concernaient la famille Becker. Il commença par les informations sur Stéphanie en tant que employée de l'école. Il se dit que si elle avait quelque chose à cacher, il le trouverait peut-être là.

Stéphanie Becker était née avec le nom de Dupont et elle avait 37 ans. Elle travaillait depuis un an à la cantine de l'école Regnier. Le journaliste ne trouva aucun information sur son fils ou son mari, mais il apprit néanmoins quelques informations intéressantes. Entre autres, avant de travailler à la petite école de la rue du Cardinal, elle était secrétaire dans une autre école de la ville mais elle avait été renvoyée pour faute professionnelle. Spirou était déçu que les documents n'en disent pas plus. Il aurait bien aimé savoir quelle était cette faute professionnelle de même que sa gravité. Par contre, il était indiqué qu'elle n'avait aucun casier judiciaire, ce qui était rassurant dans un certain sens. Le reporter fut aussi particulièrement intéressé par un détail qui disait que, selon ses assurances, elle avait acheté beaucoup de médicaments depuis quelques mois. Encore une fois, il aurait voulu que ce soit plus explicite et savoir précisément lesquels. Était-ce des antiinflammatoires pour une blessure ou bien des médicaments agissant plutôt sur les neurotransmetteurs?

Il regarda rapidement les informations de quelques autres membres du personnel de l'école, mais rien n'était intéressant. Ou peut-être ne voulait-il rien voir d'autre tant il était sûr de la culpabilité de la jeune mère. Il pris alors le second dossier qui l'intéressait: le document à propos de Nicolas, le fils de Stéphanie. La première chose qu'il lit le laissa buche bée: Nicolas avait une grande sœur de 11 ans, Ariane, qui vivait à l'extérieur de la ville, dans un pensionnat privé. Il trouva cela étrange: pourquoi la fille est dans un pensionnat, mais pas le garçon? Toutes sortes de théories lui vint en tête: Ariane avait des problèmes d'apprentissage, de comportement ou, au contraire, elle était très douée... Mais ce qu'il trouva le plus curieux, c'est que jamais il n'avait entendu parlé d'elle. Pourtant, Stéphanie leur avait presque raconté toute sa vie lors de leur soirée. Une fille, ce n'est quand même pas un détail! Sachant qu'il ne pourra avoir de réponse tout de suite, il laissa ces questions en suspend et continua sa lecture. D'après ce qu'il apprenait, Nicolas était un enfant tout à fait sans histoires. Le genre d'élève dont on oublie la présence dans une classe tant il est discret, ce qui concordait avec ce qu'en disait Seccotine. Les informations sur les parents étaient plus intéressantes. Le père était présenté comme étant sans emploi. Pourtant il avait bien dit qu'il était pigiste. Bien que Spirou en doutait, il se dit que peut-être ces informations n'étaient pas à jour. Toujours concernant les parents, il était indiqué dans les commentaires que les parents se présentaient peu aux rencontres organisées par les enseignantes. Ils n'ont pratiquement jamais vu le père.

Daniel Becker était un vrai mystère. Pourtant, il semblait être partout dans cette histoire.

Spirou resta songeur. Plusieurs détails ne fonctionnaient pas. Pourquoi avoir caché certaines choses de leur vie comme l'existence d'Ariane? Pourquoi la vie décrite par ces informations et celle racontée par Stéphanie et Daniel ne concordaient pas sur des points semblant pourtant insignifiants comme un emploi? Où étaient les mensonges? Selon ce qu'il lisait sur la jeune femme et ce qu'il vit lorsqu'il l'a rencontrée en personne, elle semblait bel et bien jouer un double rôle, mais il ne comprenait pas vraiment pourquoi... Et son mari... Quel était son rôle dans tout cela? Et pourquoi donc est-ce lui qui a remis Cédric à la police?



À force de réfléchir, son mal de tête revint en force. Il décida donc d'aller prendre un peu d'eau er en profiter pour se reposer les méninges. Mais, en reposant son verre vide, un éclair traversa son esprit.

-Bon sang, mais bien sûr! C'est trop bête! Comment a-t-on fait pour ne pas y penser avant? Réveille-toi, Spip! On sort!

Sans attendre que le rongeur ne le suive, il le pris lui-même dans ses bras et il empoigna son blouson sans prendre le temps de l'attacher. Il sorti en coup de vent et failli rentrer en collision avec Fantasio qui venait justement le rejoindre chez lui.

-Eh bien! Qu'est-ce qui te prends de courir comme ça? demanda ce dernier.

-Ben, j'allais te rejoindre...

-Imagine-toi que moi aussi! Bonne nouvelle: nos malfaiteurs ont quitté leur repaire! C'est le moment ou jamais.

-Tu es sûr?

-Certain! Je les ai vus partir. Je n'ai pas vu leur voiture malheureusement; ils sont partis à pieds. Ils ont discuté, mais je n'ai pratiquement rien entendu. Sauf à un moment où ils sont passés près de moi sans qu'ils ne le sachent (j'étais caché) et j'ai compris qu'ils reviendraient dans minimum une heure, ça nous laisse donc un peu de temps.

-Mon cher Fantasio, je reconnais bien l'intrépide reporter que tu es! dit Spirou en lui donnant un tape amicale dans le dos. Allons-y! Pour ma part, je peux te dire que j'ai une petite idée du pourquoi de ces enlèvements.

-Ah oui? Et quelle est cette idée?

***

Ils arrivèrent peu de temps après près de la petite maison désertée. La rue l'était d'ailleurs tout autant. Le mauvais temps semblait jouer de plus en plus sur l'humeur générale des gens et ces derniers préféraient passer leur samedi après-midi bien au chaud plutôt qu'à l'extérieur. Mais le fait que personne n'était dehors arrangeait bien les deux journalistes qui pourraient travailler en paix. Lorsqu'ils arrivèrent devant le 46, rue de l'Église, Spirou finissait d'expliquer son hypothèse à Fantasio qui l'écoutait attentivement.

- Mais c'est bien sûr! dit ce dernier emballé parce que son ami venait de lui exposer. Ce ne peut pas être autre chose. Je me demande pourquoi on n'y a pas pensé avant...

-À vrai dire, je pense que tous les trois, nous ne sommes pas à notre meilleur dans cette enquête. Mais ce n'est pas important; l'essentiel, c'est que nous avancions! En tout cas, cette idée me paraît la plus logique. Rien ne semblait fonctionner dans cette histoire, et maintenant, tout se tient!

-C'est vrai que ça explique beaucoup de choses. Mais sans preuves, on n'ira pas bien loin.

-C'est pour ça qu'on est ici, non? Quel est ton plan?

-Et bien voilà: comme je l’ai dit hier, j’ai essayé d’entrer dans le garage, mais c’est impossible : la porte est automatique et il n’y a pas de fenêtres ni d’autres portes. On pourrait seulement y aller si on passe par l’intérieur alors que nous sommes bloqués à l'extérieur.

-Mais tu as bien réussi à entrer par la fenêtre hier, non?

-Mouais... mais elle est verrouillée aujourd'hui. Peut-être qu'ils se sont méfiés. Je n'ai pas vu leur fils quand ils sont sortis, il est peut-être là. Il pourrait alors nous ouvrir.



-Nicolas n’est pas là: il est en weekend chez sa grand-mère.

-Ah bon? Étrange, non? Juste au moment où vous alliez les visiter.

-Il est évident que s’il savait quelque chose, ses parents ne voudraient pas qu’il parle. Mais ce n'est peut-être qu'une coïncidence.

-Bon, on casse un carreau alors? demanda Fantasio avec un sérieux qui fit réagir Spirou.

-Ça va pas la tête? On n'est pas des voleurs! Je n'ai pas envie de me retrouver en prison!

-Ha! Ha! C'était pour rire, allons! On peut faire le tour de la maison pour commencer. Les portes arrières sont souvent oubliées.

-Voilà une meilleure idée. On va aller de ce côté, nous, dit Spirou en pointant le côté gauche de la maison du menton. Je trouve qu’on est pas mal séparés ces temps-ci, n’est-ce pas Spip? continua-t-il en se tournant vers l'écureuil qui l'approuva et grimpa sur l'épaule du jeune homme.

-Entendu, répondit Fantasio avec énergie. On s'appelle si on trouve quelque chose.

Ils s'en allèrent ainsi chacun de leur côté, mais à peine 30 secondes plus tard, le blond appela son ami.

-Spirou! Viens ici tout de suite!

Ce dernier accouru derrière la maison et n'en cru pas ses yeux. Un jeune garçon sans manteau était carrément accroché dans le haut d'un arbre, celui qui était placé le plus près de la maison. Il ne bougeait pas et on ne voyait pas son visage enfoui dans ses bras, mais il semblait conscient car on voyait tenait les branches fermement.



-Nom de nom! Comment il est arrivé là? Demanda Spirou en ne lâchant pas l'enfant des yeux tout en faisant le tour de l'arbre.

-Impossible de le savoir. L'important, c'est de le sortir de cette fâcheuse position. Je ne pense pas qu'il puisse descendre tout seul. Ah! Si au moins j’avais le fantacoptère… Attends, mon petit! Tonton Fantasio va te sortir de là!

Fantasio enleva son manteau et le donna à Spirou, abasourdi.

-Je le crois pas! Tu vas vraiment grimper là-haut? Mais tu détestes ça, grimper!

-Et alors? Il faut bien qu'on le sauve ce gamin!

Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, Fantasio avait déjà commencé à monter. Il avait de la chance car l'arbre avait de nombreuses branches basses qui l'aida dans son ascension. Spirou, quant à lui, n'en croyait pas ses yeux. Il se demanda sincèrement qu'est-ce qui était arrivé à son ami pour qu'il change d'attitude ainsi du jour au lendemain. Il ignorait qu'en fait, Fantasio se concentrait le plus sur d'autre chose pour oublier les idées et une certaine personne qui le tourmentaient...

-Fait attention, mon vieux! cria le rouquin en suivant chacun des mouvements de son ami.

-J'y suis presque! Dit-il victorieux alors qu'il était rendu à mi-chemin.

Soudain, son pied glissa sur le bois mouillé.

-Fantasio! S'alarma Spirou.

-Oups! OK, tout va bien! Le rassura Fantasio, qui s'était accroché juste à temps à une autre branche.

Il leva les yeux vers son objectif en se traitant d'idiot pour avoir pris cette initiative un peu trop téméraire. Le jeune homme arriva enfin à la hauteur de l'enfant. Il vit alors avec soulagement de petits yeux verts grand ouvert qui prouvaient qu'il était conscient.

-Salut, gamin! dit le reporter doucement. Viens ici, nous allons descendre, d'accord? Les arbres, c'est pour les écureuils et non pour nous.

Sans se faire prier, le garçon s'accrocha à la veste de Fantasio et ce dernier amorça la descente qui ne s'avéra pas vraiment plus facile que la montée, surtout avec un enfant de neuf ans accroché à lui. En tant que grimpeur émérite, Spip trouvait cet exploit très amusant. Il riait à s'en tenir les côtes aux pieds de Spirou. Lorsqu'il furent assez bas, le rouquin alla aider son ami en prenant le gamin dans ses bras.

-Je l'ai, Fantasio, tu peux le lâcher. Je te tiens mon petit, n'aie pas peur.

Spirou déposa l'enfant sur l'herbe et les deux journalistes s'accroupirent pour être à sa hauteur. Il avait un regard hésitant qui voyageait successivement de Spirou à Fantasio. Il paraissait tout simplement apeuré.

-Est-ce que tu t'appelle Michaël? Demanda Spirou avec douceur.

Le petit garçon aquiesça doucement de la tête.

-Et peux-tu nous dire comment tu es arrivé là? Demanda à son tour Fantasio en pointant la cime de l'arbre.

Il ne réagit pas à cette question, tournant plutôt la tête pour regarder nerveusement derrière lui.

-Michaël, insista Spirou en prenant le bambin doucement par les épaules, nous sommes là pour t’aider et arrêter ceux qui t’ont fait du mal. Tu peux nous faire confiance.

Il ne dit toujours rien, baissant cette fois-ci la tête. Fantasio ébouriffa affectueusement les cheveux du garçon, puis il se tourna vers Spirou qui s'était relevé.

-Grâce au ciel, il n'a pas l'air blessé, ni affamé, dit-il à voix basse en remettant son manteau.

-Peut-être, mais il est traumatisé, ça saute aux yeux. Il a peur de quelque chose, répondit Spirou avec inquiétude.

-Il faudrait appeler la police et le ramener à ses parents et ce, le plus vite possible.

-Passe-moi ton portable, s'il te plait. Je vais avant tout appeler Secco.

Fantasio s'exécuta et il retourna vers le bambin pour s'assurer qu'il allait bien. Spirou composa rapidement le numéro du portable de son amie et cette dernière répondit rapidement.

-Qu'est-ce que tu me veux? Répondit sèchement la jeune femme au grand étonnement de Spirou.

-Heu... excuse moi de te déranger, Seccotine. Je t'appelle parce qu'on a trouvé...

-Spirou! coupa-elle. Je suis désolée, je croyais que c'était Fantasio. Tu sais qu'il a essayer de m'appeler au moins cinq fois ce matin? Mais je ne peux pas te parler maintenant, je suis sur mon scooter, je retourne chez moi. On se reparlera plus tard, d'accord?

-Euh... bye!

Il raccrocha en se demandant si l'attitude un peu froide de son amie n'était pas en lien avec la manière avec laquelle il l'avait quittée la veille. Mais il secoua la tête: cette façon de répondre ressemblait aussi tout à fait à la Seccotine qu'il connaissait bien; il se faisait des idées. En redonnant le portable à son ami, il lui fit un sourire mêlant moquerie et agacement.

-Alors, il paraît que tu l'a appelée au moins cinq fois ce matin?

-Ben quoi! Répondit-il, presque irrité On est associés dans cette enquête, oui ou non?

Fantasio n'avait plus son manteau, il l'avait donné à Michaël qui grelottait près d'eux. Cette vision fit redescendre Spirou sur terre brusquement. Le temps était maintenant compté.

-Ne t'énerve pas, dit le rouquin sérieusement. Bon, je vais aller la rejoindre: elle n'a pas voulu m'écouter et ça ne peut pas attendre. Je vais en profiter pour régler des choses avec elle. Tu t'occuperas de la police, si tu le veux bien.

-OK.

-Tu viens Spip? Demanda le rouquin au-dessus de son épaule alors qu'il s'en allait.

-Il pourrait peut-être rester avec moi, au cas où un pépin arriverait, dit Fantasio. On ne sait jamais.

Spip regarda Spirou et se dirigea vers Fantasio pour signifier qu'il l'approuvait.

-C'est peut-être mieux comme ça, acquiesça Spirou avec gravité. Tu seras plus utile ici qu'avec moi.

-Allez vas-y! Je te sens impatient d'aller la rejoindre. Et qui sait? Peut-être qu'elle réussira à le faire parler. Les femmes ont un talent pour ça.

Spirou parti à la course sans rien dire de plus. Tout avait été réfléchi très rapidement, mais il était maintenant déterminé à discuter franchement avec elle. Il était temps de lever les ambiguïtés.